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Dernièrement, j’ai été témoin d’une histoire triste, mais hélas tellement fréquente. Une histoire d’amitié qui tourne à la trahison et qui dégénère en violence. Une histoire de colère réprimée qui s’exprime de manière explosive.

En début d’année,  j’exprimais le souhait que chacun de nous puisse cultiver sa moumoune intérieure. J’ai maintenant la certitude qu’elle (la moumoune) pourrait contribuer à notre santé mentale. Notre sensibilité fait souvent de nous des êtres vulnérables et au lieu d’apprendre à apprivoiser ces vulnérabilités, nous apprenons à nous désensibiliser. J’ai moi même, en milieu de vie dû apprendre à me REsensibiliser, réapprendre à écouter et faire confiance aux signes que mon corps m’envoie. Je maitrisais (réprimais) trop bien mes émotions, je ressentais le chaud, le froid, la faim, la fatigue, l’agacement et la peine seulement quand je n’en pouvais plus et je réagissais alors beaucoup plus violemment que ce que la situation demandait.

Je sais que ce que je viens d’écrire vous fait penser à plusieurs personnes que vous connaissez, celles qui encaissent, puis un jour, sans crier gare, explosent. Peut-être est-ce votre cas? Quand on nomme un malaise naissant, il est rare qu’on soit accueilli de manière juste.«Ben voyons, tu n’as pas raison d’avoir peur, de te sentir mal, d’être blessé ou triste. Tu es beaucoup trop sensible, peureux, parano…». Ou alors, plus violemment «Mais qu’est-ce qui a encore? j’ai pas déjà assez de problèmes comme ça? T’es vraiment compliqué». On pense à tort qu’on est trop fragile pour ce monde.

C’est peu à peu qu’on apprend à se taire, à ravaler, à même remettre en question ce qu’on ressens. Et puis il y a cette phrase «Dans la vie, on est toujours seul». On en vient à se dire que de toute façon, ça ne sert à rien de partager si personne ne nous comprend. On est différent des autres, faudra s’endurcir. Mais l’émotion qui nous bouleverse, qu’on juge, qu’on ressasse, qu’on anticipe, qu’on revit, s’accumule à l’intérieur et cause une pression qui cherche à sortir. Quand se sent-on légitime de laisser sortir ces tristesses et ces violences accumulées? Quand c’est trop. Quand on est sur le bord d’exploser… ou d’imploser. Violence contre les autres ou contre soi. Agressivité ou dépression. Vous avez remarqué le mot «dé-pression» exprime vraiment bien ce qu’il est. Chacun de nous est responsable d’apprendre ou de désapprendre ce processus d’accumulation qui nous transforme tôt ou tard en petite bombe à retardement. Si on répond à la violence par la violence, on participe activement à la fabrication de nouvelles petites violences quotidiennes.

Arrêtons de penser que nous sommes trop fragile pour ce monde, c’est le monde qui est trop violent pour les humains. Dans l’histoire triste dont j’ai été témoin cette semaine, je me suis sentie impuissante. En principe, je n’aurais pas dû intervenir. Observer un jeune qui est la cible d’une violence injuste et qui absorbe sans broncher, est une chose. Mais constater que par manque d’outil, il va transformer ses émotions en violence contre lui, et dans ses rêves les plus secrets, contre la personne qui l’a trahi…sans rien faire? Non. J’ai décidé de ne pas me mêler de mes affaires et de tenter de lui faire voir le processus de la fabrication «d’humain bombe»… humain malade à vrai dire. On se désole de la maladie physique, et on parle de prévention. Pourquoi la maladie mentale doit-elle être traitée autrement? L’humain bombe est un malade contagieux. Sachons le reconnaître et nous en protéger, mais sachons aussi que nous n’avons pas à absorber et accumuler les violences que les autres déversent sur nous. Refusons. Le combat ne peut pas avoir lieu si l’agresseur ne trouve pas son adversaire. Chacun de nous est responsable de ne pas ajouter sa propre folie à ce monde, déjà assez fou. Désamorçons.

J’ai un ami qui m’a appris 2 petites choses très utiles. 1- Les cons s’éliminent d’eux-même (lire, même si tu en rêves, ne dépense pas de précieuses énergies à t’en occuper personellement) et 2- il est toujours plus sage de refuser de traiter avec la maladie (lire… laisse donc ça aux médecins). En cette semaine nationale de la santé mentale, prenez quelques minutes pour méditer là dessus et la prochaine fois que vous aurez en face de vous quelqu’un de manipulateur, négatif, colérique, agressif ou méchant, ayez à portée de main ces petites phrases pratiques (par ordre de subtilité):

– désolé, je ne traite pas avec la maladie…
– désolé, je ne comprend pas ton langage
– désolé, je ne connais pas ton jeu (pas envie de jouer)
– sorry, I don’t speak french
– avec plaisir, il est 14h30
– oups…pardonne moi, j’ai une envie pressante, je reviens dans 10 minutes

P.S. Le penser dans votre tête, hausser les épaules et partir, fonctionne aussi très bien.

Chronique des petites violences quotidiennes by