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Les hasards nécessaires* ont fait en sorte de mettre sur ma route, une personne qui pourrait bien devenir mon mentor. Une femme d’affaires (il y en a encore trop peu) qui a reçu son diplôme d’ingénieur(e) alors que cette profession ne comptait que des hommes. Elle me parlait de sa carrière, du personnage intransigeant qu’elle avait dû se fabriquer pour gravir les échelons, des employés qui avaient peur d’elle… (elle l’a su plus tard) surtout lorsqu’elle portait son «suit rouge». Elle m’a aussi parlé de son long processus de transformation pour retrouver sa vraie nature (féminine) au travail.

Voilà pourquoi je voudrais un mentor «femme». Je me suis trop souvent fait dire que je n’étais pas assez dure, que je n’arriverais à rien avec ma douceur et ma diplomatie, que les collaborateurs et les clients abuseraient forcément de ma gentillesse. Qu’il fallait que j’exige plutôt que de demander, que j’en dise le moins possible à mon équipe de peur qu’ils se servent de cette information contre moi, que l’entrepreneuriat était une affaire de rapport de forces.

J’ai souvent joué les seconds dans les différents emplois que j’ai occupés, j’étais le bras droit, la personne de confiance, la personne à qui on demande son avis même, mais quand je n’étais pas d’accord avec certaines décisions qui me paraissaient injustes et que je tentais de débattre mon point, on me regardait droit dans les yeux en me disant que c’était la raison pour laquelle je n’étais pas le patron. Et vlan… dans les dents.

Et pourtant, j’ai tellement l’intuition que c’est possible. J’ai été secouée par la lecture du livre «Rework»** cette semaine. Non seulement, il vient renforcer plusieurs idées que j’entretiens précieusement depuis mes premiers pas dans le monde du travail, mais j’y trouve plusieurs similitudes avec mon essai Faire Léger***. Loin de moi l’idée de rejeter en bloc tout ce que j’ai appris auprès de mes patrons ou associés (hommes). Ces expériences sont précieuses. Ces personnes ont réussies en mettant leur poing sur la table, en étant plus rusés que leurs concurrents. Bravo. Mais les temps ont changés. Les collaborateurs peuvent être des alliés et les concurrents peuvent devenir des partenaires. J’ai toujours préféré les relations vraies aux rapports de forces. J’ai été déçue parfois, mais pas aussi souvent qu’on pourrait le croire.

Je n’ai jamais rêvé d’être entrepreneure, je le suis devenue par accident et j’ai appris. Contrairement à ce qu’on dit, ce n’est pas forcément inné. Ça s’apprend. D’ailleurs on devrait le dire plus souvent pour encourager l’entrepreneuriat.  Je n’ai pas, à première vue, les caractéristiques qu’on peut observer chez différents dirigeants, mais j’ai encore l’intime conviction (ou naiveté) qu’on peut réussir autrement.

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Note : Je me suis permis un petit éditorial sur l’édition numérique entre les lignes. Scuzez, c’est plus fort que moi.
* Les hasards nécessaires est un excellent essai québécois, mais – et je sais que vous n’y êtes pour rien m’sieur Vézina –  trop cher pour un livre numérique.
** Rework : un peu cher aussi en passant.
*** Faire Léger : ah tiens, un éditeur qui n’inclut pas le coût du papier, d’impression et de distribution dans le prix d’un fichier numérique?

 

Réussir autrement by